Tout à l'heure au lieu de bosser (en même temps ce n'est pas de ma faute si on n'a pas reçu le stock de poissons rouges...) je suis allée faire un tour à la bibliothèque de médecine-pharmacie, histoire de trouver quelques choses marrantes à vous commenter. Figurez-vous que j'ai trouvé bien mieux, et là je suis tellement ulcérée par ce que j'ai commencé à lire que je m'en vais commenter avec vous le sympathique ouvrage que j'ai pêché.
D'abord le titre : Recherche en homéopathie : résultats, publications, commentaires.
Arrêtez de rire. Gardez-en pour plus tard. D'abord, qui vous dit que ce n'est pas une synthèse ultra-sérieuse et ultra-objective de la littérature ?
Passons aux auteurs. Coordination de l'ouvrage : Dr Philippe Belon, Directeur de la Recherche des Laboratoires Boiron.
Arrêtez de rire. Je sais, vous avez compris que ce bouquin doit être un ramassis de conneries et de propagande pro-homéopathique, mais attendez de voir avant de juger.
Préface : Christian Boiron. Là je me pisse dessus tellement je rigole.
Remontons-nous le moral : l'ouvrage date de 2005 donc avec un peu de chance, à la lumière des connaissances scientifiques actuelles, on peut espérer avoir une analyse intelligente. Restons positifs.
A qui est destiné l'ouvrage ? Au médecins d'abord, et aussi à toute la communauté scientifique. Ca tombe bien, j'en fais partie donc j'ai le droit de critiquer. Oh mais c'est qu'ils sont intelligents dans la préface : ils nous disent clairement qu'on est que des méchants si on pense que les études en faveur de l'homéopathie sont sujettes à caution. Evidemment, ils oublient qu'il existe le biais de publication, et que le risque alpha de 5% est bien réel. Mais bon...
Après ils nous expliquent leur démarche, argumentant pour qu'on croit que leur démarche est méthodologiquement mieux que les autres. C'est pas vrai.
Une démarche scientifique normale et méthodologiquement approuvée par les revues scientifiques, la voilà : on va dans la base de données Medline, de la National Library of Medicine (USA), et on fait une recherche bibliographique exhaustive, par mots clés. En général, on fait la recherche avec un binome, et on confronte les résultats. On trie les articles en fonction de leur pertinence. On les lit, on travaille dessus. On complète par des recherches sur d'autres bases de données. A priori, eux ne connaissent pas Medline. C'est dommage, c'est quand même la référence.
Le premier chapitre est consacré à la particularité de la recherche clinique en homéopathie.
Ah bon, il y a des particularités ? Et bien oui, il paraît que les critères d'exclusion des sujets est particulièrement sévère, ce qui rend difficile le recrutement. Ah. Pire que pour un essai clinique sur un médicament normal donc. Etrange. Pourquoi ce ne serait pas au même niveau ? En exemple, ils nous disent qu'un essai sur des enfants avec une angine a été refusé. Bon, sans vouloir les vexer, en général, il n'y a pas d'essais cliniques sur les enfants. Et il y a peut-être des adultes qui peuvent entrer dans des études, puisque jusqu'à preuve du contraire, l'homéopathie, ce n'est pas que pour les enfants.
On termine par un petit couplet du pauvre homéopathe persécuté par la communauté scientifique. Pauvres incompris... tsssss
Ah oui, si les labos Boiron viennent me mettre un petit commentaire colérique, avant qu'ils le fassent, déjà qu'ils sachent que j'avais postulé chez eux pour un job d'été et qu'ils ne m'ont jamais répondu, ça c'est un point (en gros au lieu de mater des blogs pourri vous feriez mieux de faire votre boulot) et ensuite, il existe de très bons cours sur la méthodologie de la recherche clinique, de l'épidémiologie, et autres matières intéressantes pour des gens qui se prétendent capables de faire une revue critique de la littérature.
BREF.
On commence avec les méta-analyses. POur ceux qui ne savent pas, une méta analyse, c'est tu prends toutes les études publiées sur un sujet, et tu en fais une grosse boule et tu refais des tests statistiques dessus pour avoir une sorte de résultat global qui résume tout. En gros.
Seulement, il faut quand même se méfier des méta-analyses, n'en déplaise aux auteurs. Ils exposent le biais de publication, mais tourné d'une manière bien peu conventionnelle.
Le biais de publication, c'est quand les éditeurs des revues scientifiques ne publient que les études positives (qui montrent quelques chose), parce que c'est plus vendeur. Effectivement on peut se dire, ça ne sert à rien de publier des études qui ne montrent rien. N'empêche que lorsqu'on fait une méta-analyse, par exemple, puisqu'on va utiliser toutes les études publiées (il est difficile d'avoir accès aux autres études non publiées, il faut déjà savoir qu'elles existent) donc toutes les études positives, donc au final on aura un résultat positif qui ne reflètera pas forcément la réalité... genre 5000 études ont été réalisées sur un sujet, et seules 50 sont positives et seront publiées, les autres non. La méta-analyse prendra en compte uniquement ces 50 études. Et conclura à un résultat positif alors qu'au vu du nombre d'études, il serait légitime de dire qu'en réalité le résultat est négatif.
Seulement, les auteurs ne le prennent pas comme ça ce biais de publication. Ceux qui pensent qu'il existe sont que des méchants qui pensent que les chercheurs cachent leurs résultats (or ça existe aussi, mais bientôt ça ne sera plus possible hin hin). Aucun mot sur le biais de publication induit par les éditeurs et donc de la discutabilité résultante des résultats (ah, ah).
Après on a droit au lynchage sur la place publique de deux personnes qui ont eu le tort de faire un commentaire anti-homéopathie...
Les méta-analyses présentées sont discutables puisque l'on n'a pas toutes les informations...
Les essais cliniques
"L'action du médicament homéopathique n'a pas nécessairement lieu selon un processus physiopathologique connu. (ah bon ?) En cela, il diffère beaucoup de médicaments issus de la pharmacologie courante. Son choix est déterminé par le prescripteur en fonction de modalités réactionnelles globales et individualisées du malade face à sa maladie." Tout cela pour justifier qu'on ne peut pas évaluer le médicament homéopathique comme un médoc normal. Ca les arrange bien, comme ça on peut faire dire ce que l'on veut aux études. Il n'en reste pas moins que la méthodologie est foireuse si on part de cette affirmation. Donc moi j'en déduis que le médicament homéopathique agit par ses petits pouvoirs magiques, et on ne peut pas évaluer les pouvoirs magiques par les méthodologies scientifiques.
Première étude rapportée, une étude faite pendant la deuxième Guerre Mondiale. La méthodologie de l'époque étant ce qu'elle est, on peut quand même émettre une réserve quant à l'interprétation des résultats. En plus, étude réalisée pendant la guerre... on se demande comment ont été constitués les groupes placebo et homéopathie. Evidemment, le résultat est en faveur du traitement homéopathique MAIS on ne peut pas refaire l'étude pour des raisons éthiques... ben oui. Ca arrange bien tout le monde. Pas moi.
Bon après ils nous parlent des essais prenant en compte la personnalisation thérapeutique. Donc comme au final personne ne reçoit la même chose, les résultats sont totalement inexploitables, même s'ils veulent nous faire croire le contraire... Surtout que les patients recevant le traitement homéopathique continuaient à prendre leur traitement habituel pour la maladie considérée... bien sur c'est qu'on a l'esprit borné si on pense que ça peut modifier les résultats... évidemment c'est la faute au comité d'éthique.
Une autre étude dans le genre a été faite. Normalement, un essai clinique, c'est plusieurs centaines de patients inclus pour que les résultats soient valides. Là, c'est statistiquement significatif, c'esst super vive l'homéopathie, sauf que... on a 46 patients en tout. Il est évident que l'on va manquer de puissance. "la qualité du protocole (mais bien sûr) mis en oeuvre et la netteté des résultats obtenus n'empêchèrent pas quelques critiques". Ben oui, on est rien que des méchants, je vous l'avais bien dit. Tiens, les critiques ne sont pas citées. Dommage. Elles étaient peut-être pertinentes, malgré ce qu'en pensent les auteurs. On ne le saura jamais. Ca me fait penser aux dossiers qu'on doit faire au collège : on a la flemme de se casser la tête dessus et on se trouve des excuses pour ne pas avoir aprofondi le sujet " la bibliothèque étant fermée pour travaux...", sachant que de toute façon le prof lira à peine le truc... enfin on espère...
L'étude suivante inclut 34 patients, et les résultats sont non-significatifs. Seulement cette fois c'est bien la faute du trop faible effectif. C'est quand ça les arrange au final. Bon ils préconisent une étude à plus grande échelle... c'est à dire 81 patients, et a priori, on compte quand même les perdus de vue dedans, ce qui n'est pas très catholique... mais bon je sais, je ne suis rien qu'une méchante. Bon j'arrête de commenter les essais cliniques. Ca me saoule. Ca me dégoute de la mentalité de certaines personnes qui se disent scientifiques. Je n'ai peut-être pas (encore) de doctorat, mais je suis quand même capable de savoir quand je fais une connerie ou quand je mens. A priori eux n'en ont même pas conscience. Ou alors c'est sous la menace d'un fingue qu'ils ont pondu ça.
Un petit peu de recherche biologique maintenant. Je ne vais pas m'y étaler trois cent ans.
Les expériences de dégranulation des basophiles : vaste escroquerie scientifique, mais a priori ça n'est pas monté jusqu'aux oreilles des auteurs. Tiens d'ailleurs dans la partie bibliographie on retrouve notre charmant coordinateur de l'ouvrage, Mr Belon. Etrange coincidence. Objectivité totale donc. Donc, pas besoin de lire.
Comme j'ai vu dans le sommaire une partie consacrée à l'étude des hautes dilutions par RMN (résonnance magnétique nucléaire) je m'y précipite, sautant au passage le bla bla pseudoscientifique. Je m'attends forcément à voir de beaux schémas d'analyse RMN... ben non. RMN du proton donc. A priori selon les études, on montre par RMN qu'il ya a un truc dans le rien. SAuf qu'il y a des réserves... Mais en fait c'est tellement mal expliqué qu'un schéma clarificateur serait le bienvenu.
Bon je vous passe la fin du bouquin, étant plutôt déçue de son contenu (oui, peut-être que je n'ai fait que le survoler, peut-être que je n'ai pas les qualifications requises pour l'interpréter correctement)... toujours est-il que ce bouquin a un énorme problème : il est réalisé par les laboratoires Boiron, donc manque totalement d'objectivité. C'est ce que je voulais faire passer comme message : ne croyez pas tout ce qu'on dit. Les laboratoires pharmaceutiques sont là avant tout pour engraisser des actionnaires, par pour soigner les gens. Mettez-vous bien ça dans la tête. A bon entendeur, salut.
Mlle Li
Poins sur les i