La semaine dernière, j’avais rendez-vous chez une nouvelle gynéco, un peu plus proche de
mon igloo, parce que traverser tout Grenoble pour se faire tripoter les parties intimes, c’est pas top.
Notez que je n’y allais pas pour le plaisir, j’ai très mal à la poitrine depuis 3 mois et
elle a d’ailleurs doublé de volume. Les mecs ça les gêne pas, mais vu le prix des soutiens-gorge, tant qu’à faire je préfèrerais éviter de changer de taille tous les mois.
Bref, je me dis, si ça se trouve elle est super sympa, elle va bien m’écouter, je vais
tomber sur un médecin qui aime son boulot et qui respecte ses patients, qui ne les considère pas comme des sous-merdes sans cerveau… Donc j’y vais sans a priori négatif, je rentre dans un joli
cabinet médical dans un vieil immeuble, l’intérieur est nickel, la secrétaire est sympa mais un peu nunuche, elle me pose plein de questions pour remplir mon dossier, et m’envoie en salle
d’attente.
La salle d’attente
Elle est composée de chaises, de prospectus, et de deux femmes. Une poufiasse de 40 ans, et
une grosse Mama voilée. Rah, deux gens devant moi alors que je suis à l’heure…
Le premier truc qui me titille, c’est la note d’information aux patientes placardée un peu
partout dans la pièce, comme si on ne savait pas lire. En gros ça dit que si le docteur te prescrit des examens et que tu sais pas les interpréter c’est que t’es qu’une grosse merde et que c’est
bien fait pour ta pomme. OK j’exagère un peu. Mais ça fout un peu les boules. Genre merde, j’ai oublié de finir mes études de médecine, j’ai pas le droit d’être malade.
Bon évidemment, c’est un lieu où l’on vénère la fonction reproductrice, donc les dépliants
sur la grossesse foisonnent, et les catalogues de vêtements pour femmes parasitées aussi. Est-ce qu’un jour ils comprendront que des gens vont chez le gynéco pas uniquement pour avoir des
gosses ?
Au bout de 5 minutes passées à lire un dépliant passionnant sur les cancers génitaux, une
mini-pouffiasse, la fille de la vieille, vient chercher sa mère dans la salle d’attente. 14 ans et déjà chez la gynéco, et béh… enfin vu la dose de maquillage, ça serait pas étonnant qu’elle soit
déjà parasitée. Allez, un client de moins. La gynéco, une jeune assez maigre, qui a pourtant l’air sympa, vient chercher la Mama. Je suis donc seule à présent, et farfouille les prospectus à la
recherche d’une ânerie publicitaire destinée à être commentée dans le blog…
A mon tour
Ca y est, c’est mon tour. J’ai ma dernière échographie sous le bras, parce que je pense
bêtement que de mater mon utérus et mes ovaires lui apportera des éléments imagés pour mon dossier, et puis bêtement je pense qu’elle pourra m’aider pour mon adénolymphite.
Questionnaire
Comme je suis nouvelle patiente, j’ai droit aux supers questions. D’abord, pourquoi je suis
là ? Parce que ma poitrine tout ça… a priori elle n’écoute pas, et passe tout de suite à ses questions. Age des premières règles, ce genre de conneries… Elle s’offusque presque qu’à presque
24 balais je n’aie pas encore d’heureuse progéniture. Ben ouais mais bon j’ai autre chose à foutre, et à moins d’avoir retiré du liquide à la banque du sperme ces dernières années, j’aurais eu du
mal à en faire. Et puis je préfère vivre ma vie plutôt que d’élever des morveux. Mais bon, je ferme ma gueule car je ne suis pas sûre que ma politique anti-natalité lui plaise…
Vous n’êtes qu’une sale anorexique qui n’aura jamais d’enfants.
A la question « vous avez des cycles réguliers » je réponds oui sous pilule, non
sans pilule. Pourquoi ? Parce que j’ai fait un régime pour perdre 3-4 kilos après une année de médecine un peu trop stressante et retrouver un poids
normal pour ma taille. Ah, ah, vous savez pourquoi vous n’avez plus de règles ? Oui, on m’a déjà expliqué. Si vous perdez du poids, vous faites un régime et n’avez
pas assez d’apport de lipides. Donc votre corps se met en mode économie et supprime la fonction reproductrice. C’est important parce que si vous voulez des enfants, faut manger des
lipides. Mais je veux pas d’enfants euh… Et puis ne pas manger de lipides c’est un signe d’anorexie. Ah. Si je puis me permettre, je bouffe que des lipides ou presque
parce que les légumes ça me rend malade et j’ai pas besoin de maigrir. La le doc me croit à moitié, je suis donc rangée dans la catégorie des anorexiques malgré mon rapport poids/taille normal.
Ce qui constitue la première phase d’énervement de Mlle Li.
Bon et de toute façon, je ne suis qu’une minable qui n’a pas continué médecine donc je ne
suis pas quelqu’un d’intéressant.
Un chirurgien généraliste avec 30 ans d’expérience n’est pas foutu de faire un diagnostic ?
Ensuite, elle me redemande pourquoi je suis là, j’essaie de lui parler de ma poitrine, et
je tente une introduction du problème des adénolymphites, avec crises douloureuses et fièvre tout ça depuis un an, je suis pas en forme mais je sais pas qui aller voir. Donc, la notion de mal aux
seins lui passe à 3000 km au dessus de la tête pourtant je suis là pour ça (mais c'est un peu ma faute). Et mon adénolymphite se transforme en adénopathie (c’est peut-être la même chose mais moi
je suis pas médecin), et elle m’affirme que le diagnostic est foireux parce qu’on a pas de fièvre quand on a une adénopathie. Bon, même si l’adénopathie c’est pas ce que j’ai, d’abord une
recherche rapide m’apprend que si, une adénopathie ça donne de la fièvre (pas étonnant) et en plus, sans regarder mon écho (pourtant elle sait que je l’ai), elle ose mettre en doute le diagnostic
d’un super-chirurgien des urgences… laissez-moi rire. Remettre en cause un diagnostic quand on ne veut même pas regarder une échographie, c'est louche. Et puis j’ai qu’à aller voir mon
gastro-entérologue. Oui mais comment dire, j’ai pas trop envie d’aller le voir sachant que s’y j’y retourne il veut me disséquer l’estomac… bon peut-être pas, mais j’ai pas envie de passer sur le
billard…
La contraception, c’est pas bien ou va te faire foutre chez les anglais
Je retente un « j’ai mal à la poitrine » mais elle continue son trip
questionnaire. OK poulette, si ça peut servir à me dire pourquoi mes seins sont énormes et ultra-douloureux, ça m’intéresse. Cette fois-ci, vous êtes sous pilule ? Oui, je
lui donne le nom, lui donne la liste de mes anciennes pilules. D’ailleurs j’y pense, d’habitude les gynécos demandent toujours si les règles sont douloureuses, mais elle, rien à foutre. Bon,
j’ose pas lui dire parce que je vais encore passer pour une emmerdeuse. Et puis en général, les gynécos ne comprennent pas comment on peut être plié en deux avec les douleurs menstruelles, qui
empêchent même de dormir (si si, le manchot peut témoigner, j’ai passé une très très bonne nuit…). Surtout quand on peut pas prendre d’anti-inflammatoires à cause de son estomac…
Je lui demande si je ne peux pas avoir un autre moyen de contraception parce que la pilule
c’est contraignant et c’est cher. (non, promis, je refais pas mon couplet sur l’homéopathie qui est remboursée et pas la pilule). Oui il y en a :
-
l’implant contraceptif, mais j’y ai pas droit
-
le patch contraceptif, c’est super. Mais je lui fais remarquer que 15 euros par mois non
remboursé ça fait un peu cher
-
l’anneau vaginal. Cher, et s’apparente à de la torture. Et je suppose que vu
qu’on le met soi-même, si on le met mal, on doit morfler.
-
La pilule.
Je lui demande si le stérilet n’est pas possible mais elle me dit non d'un air outré vu que
je n’ai jamais eu d’enfants. Oui mais le consensus en ce moment c’est plutôt que c’est possible. Là, j’ai commis une erreur : le doc monte sur ses grands chevaux et s’énerve, m’engueule
même. Que c’est un truc bon pour les anglais. Bon, si elle est pas au courant, les solutions hydroalcooliques pour se désinfecter les mains dans les hôpitaux, ya dix
ans les français disaient que c’était une saloperie américaine qui servait à rien, maintenant ils font moins les malins depuis que leur utilisation est prise en compte dans le classement des
hôpitaux par le ministère. Ben oui c’est con, avant on se lavait pas les mains, maintenant on est obligé de se frotouiller les mimines avec du gel pour éviter de contaminer les patients, et ça
marche.
Pour en revenir avec mon problème, j’y peux rien si je bosse dans la santé publique et que je lis les publications scientifiques, madame.
Donc là elle m’explique que jamais, ô grand jamais elle ne posera une de ces saloperies
dans l’utérus d’une femme qui n’a jamais eu de parasite. Car si une bactérie s’accroche dessus, ben je peux dire adieu à mes trompes et donc adieu à une grossesse. J’ose pas lui dire que ça serait un moyen de contraception efficace et pas cher, parce que je risque de choquer cette grande défenseuse des parasites (je me demande si elle
pleure à chaque fois que son mari gâche des spermatozoïdes). Alors oui, il y a des vils praticiens qui pratiquent ce geste ô combien inadmissible, et j’avais qu’à en chercher un si je
tenais absolument à perdre ma fonction reproductrice. Bon, OK, j’ai pas que ça à foutre de courir tout Grenoble pour me faire poser un stérilet. Fin de la discussion.
Ton avis ne compte pas, tu n’es pas médecin.
Le problème quand on n’est pas médecin, c’est qu’on n’a pas le droit d’avoir un avis
éclairé sur une question d’ordre médical.
Mes seins ne l’intéressant toujours pas, le doc se transforme en super-commercial de chez
Sanofi Pasteur.
La question choc : vous connaissez le vaccin pour (enfin, contre) le cancer du col de l’utérus ? Ayant pitié d’elle, j’essaie de lui éviter de gâcher sa salive et la coupe tout de suite avec un oui,
mais c’est pas pour moi. Choquée de ma réaction alors qu’elle veut m’éviter de mourir dans d’atroces souffrances à cause d’un cancer génital, elle continue sa démonstration.
C’est bon, j’ai bossé sur le sujet madame, je connais le blabla par cœur, et je vous dis que ce vaccin ne sert à rien. Enfin pas pour les Européens et autres pays riches... En plus ça dispense
pas du frottis, donc autant faire que du frottis et pas rajouter un vaccin à la con dans mon corps. Parce qu’en plus le vaccin ne contient pas toutes les souches de virus, et que la pression
vaccinale va sûrement les faire muter… en plus le vaccin est hors de prix, il y a trois injections, même si c’est un peu remboursé c’est contraignant et on ne sait pas combien de temps ça dure.
Et personnellement j’ai plus confiance dans les anapath’ du CHU que dans un vaccin destiné à engraisser des actionnaires.
Le médecin s’énerve, parce que je ne veux pas son vaccin, mais laissez moi vous
donner mon point de vue… OK vas-y… Ben non, vous n’avez pas l’esprit ouvert, c’est pas la peine. Ah, j’ai pas l’esprit ouvert. Je crois plutôt que t’es à court
d’arguments. Mais bon, passons. Je crois qu’elle refuse surtout de faire face à la réalité : elle est tombée sur un sale petit pingouin qui sait de quoi il parle. Se faire remettre à sa
place par un bac-15 ça a du lui faire mal au cul.
Moi le vaccin, je dis non parce qu’on a pas assez de recul. Un bref coup d'oeil sur le site
d'un médecin gynécologue au courant m'apprend que je ne suis pas tout à fait conne (je vous jure j'ai pas lu son article avant
de faire mon barratin dessus, j'ai juste récupéré au fond de mon cerveau mes travaux de recherche clinique de l'année dernière) (voir ici aussi) (beaucoup mieux expliqué que moi).
Là je note avec effarement que les seuls médecins ouverts sont ceux de la fac, et surtout
ceux de ma filière, qui enseignent à des non-médecins tout en les respectant. Et en général, ce sont des praticiens de l’hôpital. Cherchez l’erreur.
La douleur est salvatrice
Enervée comme elle était, elle m’envoie méchamment me déshabiller. « Si c’est comme
ça, vous n’êtes pas du tout ouverte à la discussion, allez vous déshabiller pour l’examen ». Ah, elle va quand même m’examiner ? J’y croyais plus trop, je vous l’avoue. Je vais donc me
mettre à poil, et pendant que je pose mes vêtements sur la chaise, elle me demande de quand date mon dernier frottis. L’année dernière ? OK donc on en refait un. Chouette. Un frottis. Joie.
Mais ça pourrait être pire, je pourrais avoir frottis + piqûre (oui, le vaccin).
Après le frottis, elle se décide enfin à faire l’examen clinique. Alors, les seins. Je lui
rappelle qu’ils sont douloureux. Je l’entends presque me dire « on s’en fout de ta vie ». D’ailleurs, je ne sais pas où elle a appris à faire une palpation, mais elle y va du bout du
doigt, comme si j’étais contagieuse. Bon, si ça se trouve elle a raison.
Forcément je lui dis j’ai mal, mais non, elle ne dit rien, et je me sens totalement conne. Limite si j’ai pas honte d’avoir mal. Mais bon, j’ai franchement jamais vu ça. Un examen clinique comme
ça c’est bizarre.
Après évidemment j’ai droit au toucher vaginal, qui est toujours une partie de plaisir. Ca
fait mal là ? Oui, ça m’arrache le bide. Et là ? Oui. Et là ? Non. Et là ? Aïe. Bon ben c’est rien. Ah. J’ai mal et c’est normal ? Mais je suis Jésus ma parole !
Bientôt le sang va couler de tout mon corps et je serai adulée par les foules !
Tiens, elle ne prend pas ma tension, ne me pèse pas. L’examen s’est résumé au strict
minimum, limite si elle n’en avait rien à foutre. J’ai mal mais c’est normal, limite « bien fait pour ta gueule ». Pas une explication, rien. Je suis reléguée au rang des emmerdeuses
anorexiques anti-reproduction, je ne mérite même pas une pauvre explication. J'étais entrée dans le cabinet médical pleine de bonne volontée, de bonne humeur (c'est rare, faut en profiter) et
j'en suis sortie de mauvais poil, énervée, avec l'impression d'être une grosse merde immonde, un esprit malfaisant, je me sentais sale et moche...
Je me suis donc fait rackettée de 28 euros.
Et je me rends compte avec peur que les médecins n’écoutent plus leurs patients, qu’ils
n’en ont limite rien à foutre, qu’ils les jugent sans les écouter et se forgent un a priori qui nuit à tout diagnostic.
C’est pas le premier que je croise comme ça. Et sûrement pas le dernier. Si le ministre de
la santé voulait faire un truc intelligent, il réformerait les études de médecine, de A à Z, revoyant le mode de sélection. Et il faudrait faire une évaluation des pratiques professionnelles. A
l’hôpital, ils le font. Pourquoi pas en libéral, puisque c’est là où vont généralement les gens ?
Parce que le problème du trou de la Sécu, c’est aussi à cause de ça. Les médecins qui se
fichent de faire leur boulot correctement encouragent le nomadisme médical comme on dit. Parce que là c’est évident que j’ai toujours mal, que je ne sais toujours pas ce que j’ai, que ça me
stresse, et donc que je vais aller voir un autre gynéco. Jusqu’à ce qu’on me dise ce que j’ai, qu’on me soigne, ou qu’on me rassure.
Et en plus, si les médecins deviennent des commerciaux qui doivent à tout prix vendre des
vaccins ou des médicaments, c’est toute l’éthique de la profession qui en prend un coup.
J’ai vraiment l’impression que certains se foutent leur serment d’Hippocrate dans le cul,
et que leur motivation c’est plutôt que de soigner ses semblables « se faire de la thune en libéral parce qu’on a fait 15 ans d’études et qu’on le mérite ».
Franchement, me faire engueuler, traiter d’anorexique, apprendre que j’ai l’esprit obtus et
me retrouver à poil pour me faire tripoter du bout des doigts, et comprendre que si j’ai mal c’est bien fait pour ma gueule, je trouve ça limite.
Aux USA on peut porter plainte juste si le médecin oublie de vous dire bonjour. En France,
je me contente de gueuler sur mon blog, sachant que personne ne me prendra au sérieux, parce que justement, je n’ai pas bac +15, ne suis pas médecin et n’ai pas conséquent pas le droit de me
plaindre. Et j'ai même limite honte d'avoir écrit ça, connaissant le nombre de médecins qu'il y avait dans ma famille...
Et pour finir, je voudrais rendre hommage aux Monty Python, avec leur film culte
Le sens de la vie qui reste un de mes films favoris. Ceux qui l’ont vu se rappelleront sûrement le moment où on voit la famille de purs catholiques qui n’arrêtent pas de
pondre des gosses, leur maison grouille de parasites, et le père rentre du travail avec une très mauvaise nouvelle : il doit vendre ses enfants à la recherche médicale car il ne peut plus
les nourrir. Et là, ils chantent la fameuse chanson, je vous fais la VF de tête parce que je pense que vous aurez la flemme de traduire : (enfin juste le refrain)
Chaque semence est sacrée
Chaque semence est bonne
Si la semence est gâchée
Dieu n’est pas content
La suite des aventures ici. Et après c'est ici. Oui, car l'histoire ne fait que commencer.
Et pouf j'en rajoute une couche parce que j'adore ce site. Ultra instructif. Et bien écrit. Que demande le peuple.
Poins sur les i